A quoi ça rime cette affaire-là, cette bizarrerie, cette dinguerie …

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On y vient dans un huis clos, un lieu qu’on appelle un cabinet, pour y dire absolument tout et n’importe quoi, à tort et à travers, pas d’ordre du jour, dans une parole automatique, comme elle sort au gré de ses pulsations rapides ou lentes, au gré des variations temporelles de ses rythmes, celle des surréalistes qui ambitionne s’affranchir de tout censeur, de tout contrôle y compris et surtout le pire de tous -soi-même, sans respect de quelque règle de bienséance que ce soit, de la grammaire, de l’orthographe, de figure de style, on y vient donc pour parler aux murs qui comme chacun sait ont des grandes oreilles, ont une fâcheuse tendance à les laisser trainer un peu partout, surtout derrière les portes, dans les profondeurs des mers, dans l’infini des cieux et des galaxies, de par nature ne savent pas faire autrement que de se faire oublier, de se la boucler, sauf à des moments imprévisibles, mêmes d’elles-mêmes et fonction de l’acoustique, des voix qu’elles entendent dans les voix, de ce qui rebondit, ou pas, réfléchissent en écho, un son, un retour de voix, un mur-mure, on y raconte ses rêves, ceux du jour, ceux de la nuit, ceux de la licence, ceux de nos peurs, de nos phantasmes, de nos désirs avouables et inavouables, de ce qu’on ose à petite ou à grand peine s’entendre prononcer, …

De temps en temps se glisse un lapsus, un mot d’esprit, … Le bégaiement, le cheveu sur la langue, l’accent, le patois, sont les monnaies courantes espérées d’une parole qui trouve dans une neutralité bienveillante de partisannerie, un lieu d’accueil où se poser- se placer, se déployer, faire résonner son dire, où le temps de la séance, d’un voyage, d’une étape, se suspend, où passé et futur sont interrogés et convoqués au présent, une aire de jeu où se rencontre la passion de l’énigme, du décodage, du déchiffrage, la lecture de rébus, tout ce qui fait l’écriture hiéroglyphique des récits et des mythes, des mystères et des croyances, des gloires et des hontes de nos histoires, de nos origines, de nos engendrements, de la beauté névrotique qui donne, qui fabrique, qui irrigue un corps, un cœur, une âme de la pulsion de la vie et de celle de la mort,… Et in fine, nos empêtrements, de par là où on s’est trouvé embourbé, ensablé, interdit, handicapé, blessé, abîmé, mourant peut-être, de par ce qui nous a amené un jour à tirer sur la chevillette en espérant que la bobinette cèderait, qu’un homme, une femme, répondrait, pour nous donner à boire, nous recueillir, nous accueillir, nous aider à désemmêler les fils de ces trames asphyxiantes, étouffantes, meurtrières, à pirater ces funestes programmations, à crucifier ces destins auxquels nous sommes immanquablement, indibutablement promis, et nous amener à faire face au choix de la vie, 

Celui qui est là, debout dans l’embrasure de la porte, dans l’assise de son fauteuil n’est ni cartomancien, ni chaman, ni gourou, il ne pratique aucun art divinatoire, de l’occulte il n’a qu’une seule pratique, celle des profondeurs de l’inconscient, de la magie il n’en témoigne que dans l’après-coup de ses effets, il n’est maître d’aucun savoir constitué,
C’est un pirate, un flibustier, un aventurier de la navigation en haute mer, il est un familier de ses tours, de ses détours, de ses eaux faussement calmes ou démontées, de ses courants et de ses rugissantes, de ses hallucinations, de ses monstres et de ses sirènes, pour la seule et unique raison qu’un jour il s’est échoué sur un haut-fond crevant la coque de sa noix, qu’il a failli couler corps et âme, ou bien qu’il dépérissait n’arrivant plus à attraper le vent dans ses voiles, alors il a tiré sur la chevillette,

Malade, patient, analysant, un jour il s’est entendu dans son dire, son désir d’occuper cette place inoccupable, impraticable,  impossible à tenir du dire même de son découvreur, 
Celui qui est là est un marin, un technicien de la navigation, aguerri par l’expérience singulière et fondatrice de sa traversée, équipé d’une boussole, d’un compas et d’un sextant, il pratique la navigation astronomique, en main, une Carte du Tendre, vierge, dont rien ne se sait à l’avance, dont tout se découvre, au gré des éprouvés de la traversée de celui qui s’embarque, y engage son esquif contre vents et marées et y écrit son récit, celui qui se dessinera et naîtra, s’ouvrant sur la ligne de l’horizon à une destinée d’affranchi,

Monter à bord, s’embarquer pour des terres étrangères, sans idée aucune de la destinée ni du trajet, de la durée, de ses étapes de repos ou de ravitaillement, de ce qu’on va rencontrer en si bon chemin, ce qu’on va y découvrir, ou plutôt de ce qui va nous y découvrir, de ce qui des eaux profondes dans lesquelles on croisera va remonter à la surface, avec la résistance d’une inversion de poussée plus ou moins forte, nous faire perdre pieds, nous renverser, nous jeter à l’eau ou à terre, dire au-revoir à ses amis, à ses amours, à ses parents, risquer les perdre de vue, ou pour de bon, s’abandonner dans l’errance des flots et des vents à la rêverie qui d’une seule lame surgissant peut virer au cauchemar, revisiter nos passés, blessés et trépassés, Seul à la manœuvre, avec pour co-équipier un inconnu, dont on ne sait rien, dont on ne voit rien, dont on ne connait aucune intention, dont on perçoit à peine un souffle, une respiration, qu’on pourrait penser muet, bonimenteur ou trouble-fête, en prime à l’occasion ronfleur, pire, empêcheur de ronronner,

A une époque où l’on ne sait plus grand chose du voyage, où des corps se déplacent aux quatre coins du globe, s’agitent avec frénésie sur quelques airs pré-pensées, pré-fabriquées, pré-digérées, le tout bien mesuré et calibré par la boîte à rythme anglo-saxonne de la variété new-age, le scénario de cette bizarrerie, à contre-courant, se résumerait à un titre qui au choix laisse ou sur sa fin, ou sur sa faim,
« L’Aventure, … c’est l’Aventure », 

Si parvenu jusque-là de la lecture, vous auriez encore un doute, pas de passage obligé, pas de prescription, ceux qui font métier de mettre sur le métier un travail d’analyste, ne sont ni prédicateur ni recruteur, encore moins formateur, surtout pas éducateur, ils ne sont pas publicitaires, ils ne font la réclame d’aucune promesse, d’aucune martingale du bonheur, tant que les béquilles marchent, que les étaiements de la bâtisse tiennent, que l’amalgame ne lâche pas, alors, à quoi bon …

On n’y vient pas de gaieté de cœur, on n’y vient pas par plaisir, comme on va à sa séance de gym, de Pilates, comme on va faire des longueurs dans un bassin de piscine d’eau douce, y pratiquer une discipline médiatique de remue-méninges … On y va parce qu’on est malade, parce qu’on souffre, parce qu’il y a urgence, parce qu’on a l’impression qu’on n’y arrive plus, qu’on ne s’en sortira pas, qu’on est arrivé au bout du bout d’une terre toute plate qui menace de nous faire basculer dans le vide, 

Si vous insistez, la rumeur enragera de vous faire entendre selon les pays, selon les régimes, que cette loufoquerie mérite tous ses mauvais sorts et ses discrédits, d’être décriée, attaquée, vitriolée, mise au banc quand elle ne peut pas être mise au fer, muselée par les tenants de l’ordre et les agents du pouvoir politique, industriel, sociétal parce que subversive, ne reconnaissant aucune autre loi, ne proposant aucune autre vue que celle du désir, opposée à toute massification économique du sujet dans la cité, comme à une collectivisation uniformisante de l’inconscient, farouchement opposée aux chaînes de fabrication de symptôme, de pathologie et de leur étiquetage, de la distribution à tour de bras de prescriptions médicamenteuses et de flacons de poudre de perlimpinpin,

De l’intérieur par des héritiers putatifs, des petits maîtres de l’entrisme, qui sur les dépouilles momifiées des pères fondateurs transformées en idoles par les derniers chevaliers du verbe tentent de maintenir debout des citadelles brinquebalantes, sinon construire de nouvelles églises, distribuant évêchés et chaires de vérité, dressant férocement leur pavillon à la reconquête des territoires perdus par leur jalousie autophage, s’enorgueillissant de pratiques ancestrales totalitaires, l’exclusion, l’excommunication, le procès, l’exil, nostalgiques du cachot et du bûcher,

Enfin, plagiée, détournée, pillée, bien plus qu’ajoutée, enrichie, réinventée, par les experts hollywoodiens chevronnés dans l’alchimie de la réduction, de la condensation, de la simplification, et qui de certaines de ses innovations en ont concocté des formules express prêtes-à-penser, prêtes-à-boire, prêtes-à-manger, parce qu’ils sont prêts-à-tout pour répondre du désespoir du prochain et de l’injustice de la roue de la fortune. … L’automate, la répétition, l’enfant dans l’adulte, la psycho-généalogie, les fantômes familiaux, la psychopathologie et ce corps qui parle, la libido, la déconstruction,

Cette Dinguerie si aimée pour être si convoitée, s’appelle Psychanalyse.
Cette dinguerie est une originalité, elle est unique, elle est aujourd’hui désignée du nom de son fondateur Sigismund Schlomo Freud associé à celui de son visiteur du soir et de son re-fondateur Jacques-Marie Lacan, elle est freudienne et lacanienne.

Comment ça commence, par où ça commence, ce jeu de dupes, par un jeu de hasard, par une adresse -Pardi! une recommandation -celui d’un nom, d’un lieu, puis un appel téléphonique -pas de rencontre avant la rencontre, ni virtualité ni avatar, pas de courriel, pas de recherche Interpol, un vétéran me confiait sa sidération quand un nouveau venu d’aujourd’hui l’appelait blindé d’informations sur son compte -quelle meilleure façon que de ne pas se donner sa chance, que de prolonger l’embastillement de son hôte …
Enfin un premier rendez-vous, une rencontre, un homme, une femme, c’est une affaire de corps, de timbre, de mouvement, d’écoute, de mots, de paroles, d’odeurs, de regards, de température, de lumière, d’ombre, … « Jamais un coup de dé n’abolira le jeu du hasard ». La bobine déroule, le mode d’emploi s’énonce, les règles sont présentées, à la lumière du liminaire, on convient d’un prochain entretien, pour y accueillir celui ou ceux qui s’appelle préliminaire, 
Une séance, un horaire, un face à face, plus ou moins loin un divan, et nous voilà partis en rappel à la découverte de ce qui se trame à l’insu de votre plein gré dans les étages de votre maison, les pièces qui s’y jouent, les histoires qui s’y sont écrites, les espoirs rêvés, les trahisons, ceux qui y sont passés sans laisser de trace que leur absence, qui y habitent, dans quels agencements, dans quelles dispositions, avec quelles attentions et intentions, … 

Le brigadier s’apprête à frapper le plancher, les trois coups vont rouler, annonçant le lever de rideau,
Avant d’y aller, d’entrer sur la scène, de faire vivre les planches de votre théâtre, comme vous y êtes préparé, il nous faudra parler bourse et monnaie –Le coût du coup, Pour lui tordre le cou, A cet endiablé coucou,
Par ce que c’est la plus sérieuse des affaires, par ce qu’il y a toujours urgence à répondre d’une vie, d’un souffle dans un ici-et-maintenant qui ne peut souffrir ni différé ni hypothèque, le moment venu nous en serons d’une convention, toujours sonnante et trébuchante, la seule du conte qui compte -votre parole, c’est elle qui par dessous tout, toujours fait et fera l’unique devise de notre commerce.

Inspirations, …
G.Dana, C.Ponti, A.Turing, P.Dac, C.Lelouch, J-P.Winter, Y.Langer, W.Allen, F.Dolto, A.Dumas, S.Mallarmé, R.Virenque, E-A.Poe, J-B.Poquelin,